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Archives - Bassenge - Très typique, le « Carnaval noir » est l'un des plus anciens du pays. Les Houres entre rafes et rouflades

A droite de la grille d'entrée de sa demeure, partiellement réaménagée en musée de la mémoire populaire, à l'instar de cet espace dédié à la chapellerie, un petit écriteau, en dur : « Centre d'études archéologique et folklorique Vallée du Geer ». Ici, en plein coeur du village d'Eben, c'est un pan important du patrimoine local qui a été conservé et rappelle que la basse vallée du Geer possède l'une des plus vieilles traditions du pays, son « carnaval noir des Houres », du nom des personnages masqués que l'on retrouve aux quatre coins du territoire communal de Bassenge. Et nulle part ailleurs !

À l'origine, la Houre ne constituait pas un déguisement sympathique, explique Freddy Close, le maître des lieux. Ce terme, dont l'étymologie viendrait de vocables flamands et en droite ligne du Limbourg hollandais qui a tant inspiré notre culture, représente une femme peu distinguée, aux moeurs légères. Habillée de deux cotes, deux jupes amples trouvées au fond d'une vieille garde-robe, la première serrée à la taille, l'autre nouée autour du cou, la Houre porte aussi, en guise de masque, un morceau de rideau (la gordène) tandis que la tête est enfouie sous une teille d'oreiller pliée en capuchon et bourrée de papier journal. C'est, ici, le costume traditionnel, d'une étonnante simplicité. Aux 18e et 19e siècles, les gens de la campagne étaient d'une terrible pauvreté. Et plus encore dans cette région-ci, indique Freddy Close. L'objectif d'une Houre n'a jamais été de parader en déguisement sophistiqué mais de rester anonyme le plus longtemps possible pour mystifier les villageois.

La tradition veut aussi que « faire carnaval » consiste, d'Eben à Wonck et d'Emael à Bassenge, à noircir au moyen d'une « pèsse », un morceau de tissu faisant office de tampon, les joues de ceux que les Houres croisent en chemin. On y enduisait, dans les années 50, de la graisse récoltée dans les moyeux des charrettes ou sur les aiguillages des rails de tram. Aujourd'hui, on se contente d'une crème de beauté mélangée à du charbon du bois. Sauf à Bassenge, où les masqués utilisent du cirage noir.

Le carnaval des Houres se distinguera, les 23 et 24 février, ainsi que tous les jeudis-gras du mois, par son caractère privé et fermé, comme le souligne Freddy Close. Rien de bien démonstratif mais un profond respect de la tradition, avec les « rouflades » (les poursuites des Houres dans les rues) et les « rafes » (guets-apens), dont le but est d'attraper les non masqués pour tracer sur leurs joues un trait noir bien gras. Même à leur domicile... Avant la deuxième guerre mondiale, des groupes se faisaient accompagner par un vitrier, lorsqu'il fallait casser un carreau pour pénétrer chez les gens...

L'histoire révèle aussi que si seuls, à l'origine, les hommes se masquaient, dès 1969 les femmes ont rué dans les brancards de la tradition. Cette année-là, il avait tellement neigé que les Houres n'avaient pu effectuer leurs rouflades. Au grand dam des jeunes filles qui, lassées d'attendre, ont décidé, elles aussi, de se masquer. Quant à l'origine de ce « carnaval noir » tout entier basé sur l'intrigue, certains la renvoient au 7e siècle, à l'époque où les villageois d'Eben-Emael, fiers d'avoir vaincu la lèpre, s'en seraient moqués en reproduisant sur leur visage les noirs stigmates de la maladie... Jusqu'ici, rien ne permet d'accréditer une thèse plutôt qu'une autre, souligne Freddy Close. Tout juste sait-on qu'à la fin du 19e siècle, le curé de Bassenge, en chaire de vérité, associait déjà le carnaval à une pratique païenne.

Didier Schyns (Archives Journal le Soir du 11 février 2004)

Voir aussi :

https://books.google.be/books?id=D26_An1hwyEC&pg=PA55&lpg=PA55&dq=houre+carnaval+eben&source=bl&ots=aGykBQvOMt&sig=7yFekle2lRnw6BXImKiK54tkIaY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi8h5LFmJTSAhVJJsAKHRT8BvsQ6AEINzAE#v=onepage&q=houre%20carnaval%20eben&f=false

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